Vers une phonétique corrective adaptée à des apprenants chypriotes grecs

Monique MONVILLE-BURSTON, Université Technologique de Chypre

Ioanna PILAVAKI, Université Paul-Valéry Montpellier III

L’un des objectifs principaux de l’apprentissage d’une langue étrangère est la communication avec ses locuteurs. Une prononciation intelligible est une composante indispensable de la communication orale. Malgré son apport effectif aux habiletés langagières, la phonétique ne bénéficie pas d’une place et d’un statut très importants dans l’enseignement du FLE dans le secondaire à Chypre.
Quand les étudiants arrivent à l’université (avec un bagage de quatre ans de français et une période plus ou moins longue de jachère après ces quatre ans), leur prononciation est très imparfaite. Comment leur faire prendre conscience des traits phonétiques caractéristiques du français ? Comment les inciter à se perfectionner ? Comment reconditionner leur audio-phonation ? Nous avons tenté de répondre à ces questions en élaborant un programme de phonétique corrective innovant, destiné aux faux-débutants (A1-A2) à l’Université Technologique de Chypre pendant le semestre de printemps 2016. Ce programme a pu être établi parce que le cours bénéficiait du soutien d’une chercheuse associée et d’une stagiaire, toutes deux ayant un intérêt particulier pour l’enseignement de la phonétique. Nous sommes conscientes que faute de ressources humaines et matérielles adéquates ce type de programme ne serait pas réalisable. Cependant son orientation méthodologique et certaines des pratiques d’enseignement utilisées peuvent encourager les professeurs de FLE à travailler la phonétique dans leurs classes ou les guider dans leur formation.
Le programme qui fait l’objet de cette présentation a deux traits importants : 1) c’est un programme sur mesure, adapté aux étudiants chypriotes, qui prend en compte l’impact interférentiel de la L1 mais aussi celui de la L2 (anglais), le français étant une L3 ; 2) il est intégré en ce sens qu’il fait travailler les étudiants sur certains sons, mots ou intonations directement utiles pour la production des vidéos qui sont la tâche assignée à la fin de chaque module du cours. L’entraînement à la phonétique se fait soit en classe, soit individuellement grâce à Schoolshape, un programme de laboratoire numérique.
Pour démontrer notre démarche pédagogique, nous prendrons l’exemple de l’enseignement/apprentissage de l’opposition phonémique entre [y] et [u] qui n’existe ni en grec ni en anglais, ces deux langues n’ayant pas de voyelles arrondies antérieures. Nous présenterons étape par étape le processus d’enseignement : a) établissement du profil phonétique du groupe et de chaque étudiant (constitution d’un questionnaire, utilisation de listes de mots à répéter et à lire, afin de repérer les sons/mots créant difficulté) ; b) administration d’un test de perception phonémique ; 3) exercices variés de répétition et de production ; 4) évaluation des sons ciblés, dans les vidéos produites par les étudiants ; 5) correction individualisée.
Ce processus fait appel à diverses approches de la didactique des LE : hypothèse contrastive (notion de transfert [James 1981]), modèle structuraliste/béhavioriste (discrimination, répétition des sons), méthode verbo-tonale (insistance sur le lien étroit entre perception et production, importance du contexte du son étudié [Renard 1971]), concentration sur la forme [focus on form] (attention portée aux formes phonétiques et graphiques [Long 1988]), théorie socioconstructiviste (dans les entrevues en face à face [Lantolf 2000]).