Segmentation morphologique chez les apprenants du grec moderne : quel rôle pour l’acquisition du lexique ?

Madeleine VOGA, Université Paul-Valéry Montpellier III

Anna ANASTASSIADIS-SYMEONIDIS, Université Aristote de Thessalonique

La segmentation des mots en ingrédients ou sous-unités minimales porteuses de signification (morphèmes), c’est-à-dire la segmentation morphologique peut aider les apprenants à faire évoluer leur compétence en langue 2nde/étrangère, particulièrement dans le domaine du lexique d’une langue morphologiquement riche comme le grec. Cette segmentation contribue à attribuer plus de transparence aux mots construits ainsi qu’à rendre plus accessibles les processus liés à la dérivation. De surcroît, la représentation morphologique est supposée être celle qui permet d’établir le lien entre le lexique de la L1 et de la L2, notamment dans le cadre d’une approche paradigmatique de la morphologie (Bybee, 1985 ; 1988) : l’organisation de type morphologique de la L2 a été démontrée expérimentalement pour ce qui concerne le traitement en ligne (Auteurs, 2014 ; 2015 ; Dal Maso & Giraudo, 2014). Il convient néanmoins de préciser que d’autres approches stipulent que le composant morphologique est affaibli durant l’acquisition et le traitement de la L2 (ex. Clahsen, Felsen, Neubauer, Sato & Silva, 2010), et, par conséquent, l’acquisition et le traitement lexicaux en L2 se basent majoritairement sur des processus de ‘listage’ (stockage) des mots.
Malgré l’importance de la question, nous constatons un manque évident de travaux sur la segmentation comme stratégie d’acquisition du lexique de la L2, nonobstant l’intérêt que cette pratique pourrait avoir pour la plupart de langues européennes. Ceci est à mettre au compte du désintérêt d’un domaine (SLA) pour les langues autres que l’anglais (Auteur, 2010) qui est pourtant une langue morphologiquement pauvre.
Notre contribution a deux objectifs : premièrement, examiner à l’aide d’outils expérimentaux le degré auquel les apprenants du grec utilisent l’information, reçue dans le cadre d’un enseignement explicite, concernant la formation des mots construits ; deuxièmement, dans quelle mesure sont-ils capables de généraliser leurs connaissances relatives à la segmentation sur du vocabulaire nouveau, avec quel succès et selon quelles modalités ? Nos participants opèrent une tâche de compréhension écrite avec un protocole chronométrique, la lecture en auto-présentation segmentée, avec une phase pré-test, ainsi qu’une seconde passation (test). Ils doivent faire un jugement de consistance (Oui/Non) entre le contexte amont et l’item critique. Les items critiques sont des mots préfixés de fréquence lexicale moyenne qui réalisent les différentes modalités des variables contrôlées : 1) la transparence du mot construit : transparent, moyennement transparent et opaque ; 2) la saillance conceptuelle du préfixe, étant donné qu’un préfixe comme υπο- pourrait conduire à une segmentation plus aisée, comparé à un préfixe tel que απο-, vu leur différence en termes d’iconicité (Kilani-Schoch & Dressler, 2005 ; Nobile, 2014)