Les pratiques d’écriture créative en FLE. État des lieux et perspectives

Fostira IASONIDOU , Université de Chypre

RÉSUMÉ

La créativité, cette caractéristique personnelle potentielle existant à des degrés différents chez tout individu selon Guilford (1950), est un talent dont l’émergence nécessite éducation et développement. Faire fructifier cette aptitude en l’intégrant dans des projets éducatifs cohérents dans tous les champs disciplinaires et toutes les situations de la vie serait une des missions de l’enseignement. L’introduction des activités d’écriture créative (« écrit de l’imaginaire ») parallèlement à l’enseignement d’un écrit fonctionnel est aujourd’hui considérée en langue maternelle ainsi qu’en langue étrangère comme une piste pédagogique visant à développer les potentialités créatrices des apprenants (Jolibert, 2007, 6).
Mais pour que la valeur pédagogique et didactique de l’écriture créative soit reconnue, un long chemin a été parcouru. Selon David G. Myers, « l’écriture créative (creative writing) a été enseignée pour la première fois comme matière portant ce nom vers 1920 […] dans un effort expérimental de remplacer le cours de langue classique avec quelque chose de plus motivant pour les adolescents » (1996, 101). La forte croissance de l’écriture créative observée au cours des années 1960 et 1970 aux États-Unis et ailleurs pourrait être interprétée comme une réaction à la dominance de la Théorie Littéraire, discipline qui étudie la littérature en tant que phénomène culturel et linguistique à la fois, considérant l’enseignement de la littérature son objet unique. Quelques années plus tard, en 1992, Sir Malcolm Bradbury, professeur à l’université de East Anglia, affirmait à la revue Times Literary Supplement que « la Grande Bretagne avait accueilli à son système éducatif, du primaire à l’Université, une discipline introduite des États-Unis et suspecte comme le hamburger » (Kotopoulos, 2014). En France, les approches pédagogiques telles que la technique Freinet, le Nouveau Roman, l’anthologie de l’Oulipo ont également joué, chacun à sa manière, un rôle décisif en ce qui concerne l’usage des ateliers d’écriture (Rossignol, 1996).
La présente communication se propose en premier lieu de faire l’état des lieux des pratiques d’écriture, des États-Unis en France, et en second lieu de montrer de quelle manière l’écriture créative en FLE est travaillée en Grèce. Il s’agira enfin de montrer les ressemblances et les divergences des pratiques d’écriture entre ces trois pays, d’en mesurer les enjeux, et de dessiner, quelques perspectives d’avenir pour le FLE en Grèce.