Formation continuée et à distance des enseignants du français en Grèce : pour le transfert à l’école d’une culture nouvelle de l’apprentissage et de son évaluation

Olivier DELHAYE, Université Aristote de Thessaloniki

Après avoir construit une définition de l’apprentissage fondée sur les apports des théories de l’apprentissage (constructivisme, socioconstructivisme) et de la psychologie culturelle (culturalité du savoir), puis une définition de l’apprentissage, des langues cette fois, inspirée par la didactique (perspective actionnelle), nous montrons, par le biais d’une étude de cas, que les approches méthodologiques innovantes dont ces définitions inspirent l’élaboration peuvent mener à la mise en place de nouvelles cultures de l’apprentissage – des langues, ou non – et de l’évaluation de cet apprentissage.
L’étude porte sur les attitudes et les comportements de 116 enseignants inscrits à trois formations continuées, organisées à distance durant l’année académique 2013-2014, dans le cadre des activités de la cellule Δια Βίου (formation tout-au-long-de-la-vie) de l’université Aristote de Thessaloniki et animées par une équipe pédagogique internationale et interdisciplinaire.
Les instruments d’investigation sont (1) l’examen des logs de la plateforme d’apprentissage (comptage et affectation des clics pour une évaluation du degré et de la qualité de la participation et de l’interactivité), (2) une analyse triangulée de contenu (micro/macro-fonctions, référents) portant sur le texte des 9503 messages échangés et (3) une batterie d’indices objectifs permettant la mesure de l’évolution des performances et des compétences des stagiaires.
L’analyse des résultats met en évidence (1) l’émergence d’une nouvelle culture de l’apprentissage notamment caractérisée par une centration de la formation sur la participation de l’individu, par la recherche d’une attention conjointe centrée sur une tâche et sur un langage commun, par la culture de la métacognition et par une systématisation de la remise en question des savoirs initiaux ; (2) l’émergence d’une nouvelle culture de l’évaluation, plus efficace mais aussi plus appréciée, comme semble l’indiquer le haut degré de satisfaction que manifestent les stagiaires au contact des nouvelles formes de cette évaluation : immédiate, réalisée par les pairs, ouverte à l’inattendu et à l’initiative, portant sur des vécus, sur des pratiques, sur des produits, et non plus sur des savoirs ; (3) la manifestation d’une volonté ferme, de la part des enseignants, de promouvoir le développement de ces cultures nouvelles dans leurs cours.