Les erreurs de nos élèves travaillent pour nous

Chara EFSTATHPOULOU Aristotle University of Thessaloniki, Grèce

Principe du MéthoSlam

Dans une ambiance détendue et conviviale, chaque slameur (chercheur, formateur ou enseignant des langues) dispose de cinq minutes chrono pour présenter une découverte, un produit ou une bonne pratique, puis pour convaincre l’auditoire de son utilité et/ou de son excellence. L’intérêt et l’originalité du sujet, l’humour du slameur, les effets de surprise, l’accessibilité des propos sont toujours appréciés ! À la fin de chaque match (succession de slams), les auditeurs votent pour les slams qui leur ont le mieux plu. Ils peuvent ensuite approcher les slameurs et leur poser des questions de façon tout à fait informelle. Des prix récompensent les auteurs dont le slam a été préféré.

Résumé

Cet article analyse le statut de l’erreur dans l’enseignement/apprentissage des langues étrangères et s’interroge sur son intégration dans les cours privés de FLE en Grèce, aux élèves du niveau A1 et A2. Cette recherche inclut l’analyse de la typologie des erreurs faites par les apprenants et l’acquisition d’une attitude positive face à ces erreurs pendant le processus didactique. On va examiner comment on crée cette attitude, quels sont les bienfaits pour les apprenants et les enseignants et finalement, comment l’utilisation des erreurs pendant le cours peut aider les deux parties à atteindre l’excellence.

Mots-clés : statut de l’erreur, acquisition de l’erreur, évaluation formative, excellence.

1. Introduction

Le statut de l’erreur a changé plusieurs fois de statut durant les dernières décennies. Dans le modèle pédagogique transmissif, l’erreur était considérée comme une faute. Cette perception empêchait de l’accepter et la condamnait. Il n’y avait pas de place pour l’erreur dans le processus d’enseignement ou d’apprentissage. Dans le modèle comportementaliste, inspiré du behaviorisme, l’erreur est un bogue : un défaut que l’élève doit surpasser avec l’aide de l’enseignant. Ces modèles ont conduit les scientifiques à réexaminer le statut de l’erreur. Ils ont abouti à une conception de l’erreur basée sur le modèle constructiviste moderne. Au contraire des perceptions plus anciennes, l’erreur est une part indispensable de l’apprentissage et l’enseignant doit l’intégrer dans son enseignement. L’erreur découle de l’effort que l’apprenant fait chaque fois qu’il est confronté à quelque chose de nouveau. Cette perception a été très vite acceptée par la société scientifique. Gaston Bachelard a ainsi dit : « Il n’y a pas de vérité sans correction d’erreur » car « l’erreur n’est pas reconnaissable si elle n’est pas faite ». Dans ce même sens, Piaget soutient qu’ « apprendre, c’est surmonter progressivement une série d’obstacles ». Philippe Meirieu constate, quant à lui, que « considérer l’erreur c’est, en fait, le meilleur moyen de lutter contre l’échec, en pédagogie".

2. Analyse de l’erreur
2.1. Définition de l’erreur

Intégrée au modèle constructiviste moderne, l’erreur apparait quand l’apprenant reçoit de nouvelles informations et travaille sur elles afin de les comprendre, de les utiliser correctement. De cette façon, il peut continuer efficacement l’apprentissage de la nouvelle langue. Donc, l’erreur doit exister pendant l’apprentissage et le rôle de l’enseignant est de créer une attitude positive envers elle.

2.2. Typologie des erreurs

Un enseignant peut utiliser positivement les erreurs des élèves, en en identifiant l’origine et la nature. Il peut définir ces dernières en se questionnant lui-même. C’est important car il peut y avoir besoin de plus de répétitions ou d’explications, il se peut que la stratégie d’apprentissage doive être changée.

Pour répondre à ces questions, il faut donc reconnaitre les différents types d’erreurs et déterminer ensuite la manière dont l’intervention didactique sera mise en œuvre.
Une typologie des erreurs a été proposée par Jean Pierre Astolfi :

- Erreurs relevant d’une mauvaise compréhension des consignes.
- Erreurs résultant d’habitudes scolaires ou d’un mauvais décodage des attentes.
- Erreurs résultant d’un mauvais décodage des règles du contrat didactique.
- Erreurs témoignant des représentations notionnelles des élèves.
- Erreurs liées à la nature des opérations intellectuelles.
- Erreurs dues à une surcharge cognitive.
- Erreurs liées au fait que les élèves ne font pas le rapprochement entre des outils déjà utilisés dans une discipline et ceux qui sont requis pour une autre discipline.
- Erreurs résultant de la complexité propre aux contenus.

3. Évaluation formative

Le rôle de l’évaluation formative est déterminant dans la création d’une ambiance positive à propos du statut de l’erreur pendant le processus de l’apprentissage et de l’enseignement. Ce type d’évaluation peut être adapté aux erreurs collectives, mais aussi aux erreurs individuelles. L’étude systématique, par l’enseignant, de la typologie des erreurs lui permet de concevoir plus efficacement l’itinéraire que suivra le cours.

L’évaluation formative dans le cours privé

Au début de l’année scolaire, les apprenants peuvent tenir un journal de bord personnel pour chaque cours. Dans ce journal, les élèves ils peuvent mentionner les tâches dont ils ont été chargés, les tâches qu’ils ont été capables d’accomplir et les tâches qu’ils trouvent difficile à accomplir, qu’ils ne comprennent pas ou les deux.
En pratique, l’enseignant explique comment le journal doit être complété. L’élève enregistre initialement toutes les activités qu’il a réalisées avec succès. Cela lui permet de commencer avec quelque chose de positif et le motive à continuer. Plus tard, il enregistre les activités dans lesquelles il a rencontré des difficultés et décrit ces difficultés. Il enregistre, également, ce qui l’y a conduit et enfin, il enregistre les activités dans lesquelles il existait un grave problème de réalisation ou de compréhension. Quels étaient ce ou ces problèmes et que pouvait-il faire pour les surmonter ? Chaque mois, les apprenants se réfèrent à leurs posts précédents pour vérifier s’ils ont amélioré leurs performances et discutent avec l’enseignant de ce qui a contribué à cette amélioration. Au cours de cette discussion, l’enseignant travaille sur le traitement de la métacognition, afin que les élèves commencent à comprendre les mécanismes qui les conduiront au succès.

4. Résultats

L’inclusion des erreurs dans le processus d’enseignement/apprentissage de la langue étrangère a des résultats positifs, d’abord et avant tout pour les élèves, mais également pour l’enseignant. Cette approche permet aux étudiants de contrôler leur propre apprentissage et de se rendre compte de l’importance de l’acceptation et de l’étude de leurs erreurs, tout au long du processus d’apprentissage. Ainsi, ils prennent conscience de leurs erreurs et cette prise de conscience conduit à une amélioration progressive des résultats, voire à l’excellence. Cette stratégie vise à créer des élèves autonomes.

Les élèves peuvent plus facilement réussir s’ils reçoivent ce type d’enseignement et les effets sont directement visibles : il y a application de l’évaluation formative, l’enseignant est obligé de parler avec clarté, les élèves reçoivent un feedback immédiat et ce feedback crée des bonnes relations entre les élèves et l’enseignant. En outre, les apprenants acquièrent la capacité de décrire avec des mots les problèmes qu’ils ont affrontés, les stratégies d’apprentissages qu’ils ont utilisées afin de surmonter ces problèmes et les solutions qu’ils ont eux-mêmes trouvées. Un effet majeur est, aussi, la culture de la métacognition chez les élèves et, chez l’enseignant, le développement professionnel induit par ce nouveau traitement de l’erreur.

5. Discussion

L’approche de l’erreur en tant qu’élément positif dans l’apprentissage de la langue étrangère n’est pas quelque chose d’habituel pour les apprenants. Au début, ils ont du mal à adopter cette approche car ils ne veulent pas commettre d’erreur. Au début de la rédaction de leur journal personnel, ils commencent à découvrir les possibilités que cela leur donne. Ensuite, ils sont ravis de l’idée qu’ils soient eux-mêmes responsables de leur parcours en enregistrant leurs erreurs et en trouvant des moyens de les surmonter.
L’enseignant, quant à lui. a la responsabilité de fournir un feedback immédiat et toujours précis aux élèves, ce qui signifie qu’il doit travailler davantage. Il doit avoir la capacité d’adopter cette approche de l’intégration de l’erreur dans son enseignement et en général, dans sa vie professionnelle afin d’être capable de gagner la confiance de ses élèves.

Références

Astolfi, J.-P. (2014). L’Erreur, un outil pour enseigner. (Esf éditeur, Issy-les-Moulineaux, Ed.).
Zunzarren, G. M. (2012). The Error as a Problem or as Teaching Strategy. Procedia - Social and Behavioral Sciences, 46, 3209–3214. https://doi.org/10.1016/j.sbspro.2012.06.038
Cauchi-Bianchi, F. (n.d.). Le statut de l’erreur, IA-IPR Lettres : Intervention formation de formateurs
Guénette, D. (2012). The Pedagogy of Error Correction : Surviving the Written Corrective Feedback Challenge, 30(1), 117–126.
Shin, S.-C. (2003). Errors in Learner Corpus : Pedagogical Implications for KFL Instruction, 4(10).
Dokument, D., & Nutzung, D. (2010). Student errors : how teachers diagnose and respond to them, 2.