Médiation est panacée !

Anastasia SIDIROPOULOU, Centre de formation linguistique Élite

Principe du MéthoSlam

Dans une ambiance détendue et conviviale, chaque slameur (chercheur, formateur ou enseignant des langues) dispose de cinq minutes chrono pour présenter une découverte, un produit ou une bonne pratique, puis pour convaincre l’auditoire de son utilité et/ou de son excellence. L’intérêt et l’originalité du sujet, l’humour du slameur, les effets de surprise, l’accessibilité des propos sont toujours appréciés ! À la fin de chaque match (succession de slams), les auditeurs votent pour les slams qui leur ont le mieux plu. Ils peuvent ensuite approcher les slameurs et leur poser des questions de façon tout à fait informelle. Des prix récompensent les auteurs dont le slam a été préféré.

Transcription

Sans prévenir personne, j’ai rebaptisé mon slam : « Olivishift ».
J’ai un merveilleux secret ! Very very interesting !!! J’ai la chance de grandir entre deux très bons chercheurs qui m’apprennent tout le temps beaucoup de choses : ma fille et mon mari.

Pour commencer, on va faire un peu de mathématiques.
Considérons, par exemple, une heure de cours, donc 60 minutes. Vous avez 10, 20, 40 ou même 50 élèves. Pour qu’ils pratiquent la langue, qu’ils l’apprennent, il est important qu’ils parlent, mettons, ¼ d’heure par séance de cours. N’est-ce pas ?
Donc, 15 minutes x 10 élèves = 150 minutes, soit 2h30. Ces 2h30 ne rentrent pas dans un cours de 60 minutes, c’est mathématiquement impossible ! Mais, selon l’expression de Napoléon popularisée par Balzac, « Impossible n’est pas français ! ».

Voici une solution : on demande à nos élèves de préparer à la veille du cours un texte, librement choisi ou pas, ça n’a pas d’importance. On invite chaque élève à faire la médiation de ce texte auprès du condisciple qui se trouve en face de lui, en 2 minutes. Quand il a terminé son monologue, l’autre prend à son tour la parole.
Ensuite, les élèves se déplacent dans un mouvement rotatif et s’asseyent chacun à la place de leur voisin. Chaque élève a maintenant devant lui un nouvel interlocuteur. Il raconte la même histoire, avec plus d’aisance bien sûr, à son nouvel interlocuteur, pendant 2 minutes. Quand il termine, son nouveau vis-à-vis enchaîne.
Juste après, on rechange de place et de partenaire par ce même glissement rotatif. Chaque élève a de nouveau devant lui, un interlocuteur tout neuf. Etc. etc.
Renforcement de l’apprentissage : répéter… répéter… répéter…
À la fin, après 5 à 7 répétitions, même le moins bon élève, aura emprunté à son interlocuteur des expressions plus élaborées. Il aura corrigé seul sa prononciation. Il aura appris à parler avec aisance. Il aura copié et utilisé des articulateurs de ses condisciples, sans qu’on le juge. Il aura enrichi son vocabulaire avec ses compagnons. Bref, Il sera heureux, parce qu’il se sera amélioré en s’amusant !
En une heure de cours chaque élève aura parlé pendant au moins 15 minutes !!!

Mon rôle à moi aura été :
- de donner le rythme (de faire un claquement de mains, après 2 minutes par exemple, pour le changement de place) ;
- de montrer un grand enthousiasme ;
- de tendre l’oreille vers chaque élève ;
- de mettre en valeur les premières performances d’un élève qui a des difficultés – je pense par exemple à un certain Vassilis – de l’encourager et de le féliciter, pour sa rapidité, pour sa prononciation, pour son vocabulaire, pour ses expressions plus sophistiquées, etc.
- de souligner devant les autres élèves, à la fin de l’épreuve, chaque exploit de Vassilis pour que, la fois suivante, on l’écoute avec intérêt lui aussi ;
- de les féliciter tous, bien sûr, en admirant l’excellence du travail qu’ils ont produit !

Pour terminer, je voudrais signaler que cet outil est tellement flexible que tout prof peut l’utiliser à sa façon, et pour n’importe quelle matière. J’ai par exemple une amie, prof de français, qui travaille dans l’enseignement public et qui enseigne aussi, outre le français, le cours d’Histoire. Elle a utilisé cette pratique avec grand succès. De cette même manière, un prof peut aussi faire apprendre à ses élèves la table de multiplication, par exemple.

Voilà… Ce petit secret m’a été divulgué par Olivier Delhaye et, en son honneur, dans le centre de langues (anglais, français, allemand) que je dirigeais, on a appelé cette activité de médiation « Olivishift ».