Développer les compétences rédactionnelles des jeunes adultes dans les filières professionnelles universitaires

Luca PALLANTI, LIDILEM, Université Grenoble Alpes

Catherine BRISSAUD, LIDILEM, Université Grenoble Alpes

Marie-Paule JACQUES, LIDILEM, Université Grenoble Alpes

RÉSUMÉ

Le monde des entreprises semble en quête constante de professionnels possédant des compétences rédactionnelles de plus en plus développées (Beaudet, Rey, 2015). L’ÉNEPS de Grenoble (École Nationale de l’Enseignement Professionnel Supérieur) a relevé le défi : développer les compétences scripturales des étudiants issus des filières professionnelles qu’elle accompagne dans le supérieur et leur permettre une intégration optimale dans le monde du travail.

Bien conscients des difficultés à l’écrit d’une importante partie de ce public (Guernier, Barré-de-Miniac, Brissaud, Mout, 2017), nous ambitionnons de tirer profit des recherches dans le domaine des littéracies universitaires (Delcambre et Lahanier-Reuter, 2012) pour concevoir des dispositifs didactiques performants, une des nouveautés de notre étude consistant en la mise en lien des représentations et des pratiques des étudiants.

Nous montrerons dans notre communication comment le choix de méthodologies d’analyse efficientes permet la construction de pratiques d’enseignement de qualité. Nous expliciterons la sélection des données recueillies, les différentes étapes de l’analyse, les résultats obtenus et la manière dont nous entendons les utiliser. L’enjeu consiste à exploiter l’analyse des aspects émotionnels, comportementaux et cognitifs qui caractérisent le rapport à l’écrit des étudiants pour élaborer nos outils didactiques. En effet, seule une compréhension profonde du rapport à l’écriture de notre public (Barré-de-Miniac, 2000) peut nous permettre d’identifier des leviers pédagogiques fiables.

Pour y parvenir, nous avons choisi une approche qualitative fondée sur une mise en perspective d’environ 10h d’observations directes de situations d’écriture durant des cours d’expression/communication à l’ENEPS et l’enregistrement de 30 entretiens semi-directifs de 30 minutes avec autant d’étudiants.

Une première étape a consisté à établir les correspondances entre les comportements observés en cours d’expression/communication et les réponses des étudiants pour comprendre les aspects comportementaux et cognitifs liés à l’activité d’écriture. Ensuite, nous avons procédé à une analyse comparative des éléments de réponse dans les différents entretiens pour explorer les aspects émotionnels et les valeurs attribuées à l’écriture par les étudiants.

Il a été montré une très grande hétérogénéité de ce public dans l’enseignement secondaire (Palheta, 2012). On aurait pu penser que le choix de l’enseignement supérieur aurait conduit à davantage d’homogénéité socio-culturelle. Mais les résultats des entretiens menés au sein des filières de l’ÉNEPS montrent que, loin de diminuer, la diversité se maintient.

Néanmoins, derrière la variété, émergent des traits communs sur lesquels nous pouvons nous appuyer pour construire un dispositif didactique capable de stimuler au maximum la motivation et l’attention des étudiants (Bereiter, Scardamalia, 1987). Il ressort en effet des réponses des étudiants une forte attraction pour l’écriture-évasion, la science-fiction ou le « polar ». De plus, tous les étudiants semblent séduits par la dimension heuristique de la lecture, ce qui nous permettra de développer un outil capable de lier les désirs des étudiants aux exigences du Programme Pédagogique National de chaque filière (cf. les différents PPN 2013) et de favoriser ainsi le transfert progressif des compétences langagières acquises vers une écriture de type professionnel (Beaudet, Rey, 2012).