L’argumentation écrite : les TICE à la rescousse ?

Sylvaine GAUTIER, Université de Chypre

RÉSUMÉ

L’école et l’université visent à former des citoyens conscients et agissants. Dans cette perspective, l’apprentissage/enseignement de l’argumentation semble pertinent puisque l’apprenant, locuteur-acteur tel que défini par le CECRL, apprend à déconstruire les discours argumentatifs qui nous entourent - et donc à rester vigilant -, mais également à convaincre et persuader son/ses interlocuteur(s) – et donc à agir sur son environnement.

Or, la rédaction d’une argumentation élaborée, telle que définie par Caroline Masseron (1997 : 36), enseignement typique des cours de Français sur Objectifs Universitaires, constitue une tâche complexe qui sous-tend la mobilisation de nombreuses ressources cognitives et méthodologiques, des « ressources internes (culture, capacités, connaissances, vécu...) et externes (aides méthodologiques, protocoles, fiches techniques, ressources documentaires...) ». (Eduscol, 2010 : 1).

Quand des apprenants ne pratiquent pas ce type de discours académique dans leur langue maternelle, du moins tel que l’entend la tradition française, cela devient encore plus complexe. L’approche pédagogique doit donc se différencier de celle généralement pratiquée en langue maternelle.

Nous avons mené une expérience pédagogique avec 12 étudiants de licence 2, de niveaux A2-B2 du CECRL.
Aux vues des difficultés rencontrées par les apprenants, nous avons mis en place une approche pédagogique alliant divers courants méthodologiques : pédagogie inversée ; enseignement explicite ; subdivision en « sous-tâches […] directement orientée[s] vers la réalisation de la tâche complexe » (Nissen, 2011 : 12) ; approche collaborative en présentiel et à distance (synchrone et asynchrone) ; pédagogie différenciée ; évaluation par les pairs et autocorrection basée sur un feedback régulier de l’enseignante.

Dans cette approche nous avons opté pour certains outils numériques tels que www.powtoon.com/ pour l’élaboration d’une capsule vidéo, Google Drive pour la collaboration et l’évaluation, les outils d’autocorrection de Word et bonpatron.com/, l’enregistreur vidéo d’écran screencast-o-matic.com/ pour le feedback.
Nos questions de recherche sont les suivantes : lesquels de ces outils sont ressentis comme facilitants par les apprenants ? Et quels sont, toujours du point de vue des apprenants, les atouts et limites de l’appropriation de chacun de ces outils ?
Les étudiants ont complété, en fin de semestre, un questionnaire évaluant leur perception de cette expérience et de leurs apprentissages et ils ont également participé à un entretien semi-directif.

Dans la présente communication, nous nous interrogerons sur les gains que retirent les apprenants d’une telle approche, tant du point de vue des savoirs et que des savoir-faire. Nous tenterons également de définir les limites d’une telle contrainte méthodologique.