Le rythmo-mimisme dans l’enseignement/apprentissage de l’anglais à l’école maternelle

Marie POTAPUSHKINA DELFOSSE, Université de Rouen, ESPE

RÉSUMÉ

Chercheure en didactique des langues à l’école, je me consacre à l’élaboration et à l’expérimentation de dispositifs conduisant les élèves à une mise en résonance sensori-motrice avec l’oralité des langues étudiées.

Le dernier projet de recherche-action que je me propose de présenter, a été réalisé en février-mars 2018, dans une école maternelle publique, en Ile-de-France. Le dispositif didactique testé auprès de deux classes de grande section (élèves âgés de 5 ans, débutants en LVE), a été basé sur la théorie du rythmo-mimisme, issue de l’anthropologie linguistique de Marcel Jousse (1886-1961), dont les grands principes ont été confirmés par les résultats des recherches récentes en neurosciences (Immordino-Yang, 2015, Petitmengin, 2010).

L’objectif de l’expérimentation consistait à vérifier l’hypothèse suivante : l’entrée dans une langue nouvelle par la voie de rythmo-mimisme permet d’optimiser le développement des compétences lexicale (mémorisation) et phonologique (maîtrise des sonorités spécifiques propres à la langue anglaise ainsi que de la prosodie).
Pour Jousse, la cognition n’est pas circonscrite au cerveau : l’homme pense et apprend avec tout son corps mimeur, le mimisme étant l’élément principal du « composé humain ». Connaître un objet signifie saisir son rythme, son essence motrice et être capable de les rejouer : pour cela, il ne suffit pas de recevoir l’objet visuellement et/ou auditivement et de décrypter cérébralement l’empreinte reçue – ce que l’œil et l’oreille prélèvent irradie dans le corps entier, « souple et vivant miroir » du monde. Jousse montre comment l’enfant s’approprie tout ce qui l’entoure : en procédant aux ciné- et phono-mimismes, il « devient » ce qu’il apprend en le mimant à l’aide de sa musculature globale puis en se servant de son appareil laryngo-buccal. La mise en langage conventionnel verbal ne vient qu’en dernier, mais se révèle ainsi plus harmonieuse et efficiente.

A l’issue du projet, chaque élève a conté en anglais une des deux histoires qui ont fait l’objet de l’approche rythmo-mimique (textes adaptés de R. Kipling : How the Whale Got His Throat et The Sing-Song of Old Man Kangaroo) et a été filmé lors de cet exercice. Je me suis également entretenue avec chaque enfant afin de mettre en lumière les procédures cognitives suscitées par l’enseignement dispensé. L’analyse de ce corpus (vidéos et transcription des entretiens d’explicitation) est en cours. Elle sera finalisée prochainement et pourra être présentée au colloque, après la description du processus de création didactique et de la mise en œuvre du produit de celui-ci dans les classes.